droit d’auteur en folie

Droit d’auteur en folie

Le droit de lire à voix haute ?

Grâce aux multiples avancées du droit d’auteur, nous n’avons plus le droit de lire à haute voix.

Difficile à croire ?

Pour les sceptiques, il suffit d’aller sur le site de la SCELF (https://www.scelf.fr/demarches-lectures-publiques) pour prendre connaissance de ce qui doit être considéré comme une lecture publique et de ce que cela implique.

Lorsqu’une personne morale ou physique souhaite faire une lecture publique (appelée « récitation publique ») d’une œuvre littéraire, elle doit solliciter directement l’éditeur, en vue d’obtenir son autorisation, et ce, préalablement à toute récitation publique, et quelle que soit l’importance de l’emprunt à l’œuvre littéraire.

Donc, si vous lisez un livre à des enfants dans une crèche, ou dans une bibliothèque, vous devez demander l’autorisation à l’éditeur et payer les droits qui en découlent.

Amusant ou affligeant ? C’est sans doute le meilleur moyen pour les éditeurs de tuer la poule aux oeufs d’or. La découverte de la lecture chez les enfants passe par ces  après-midi du conte et autres représentations organisées dans les médiathèques. Sans cela ils préfèreront rester sur leurs écrans, et ce ne sera pas pour lire des ouvrages numériques. À ce moment critique pour l’édition qui cherche sa place dans le numérique, comment comprendre la mise en place d’une mesure qui va limiter la lecture. Pour quelques euros gagnés aujourd’hui, c’est toute une industrie qui s’avance vers le néant demain. Comment peut-on avoir une vision si court-termiste ? Et je vois d’ici quelques temps des bibliothécaires traités de “pirates” parce qu’ils auront lu un ouvrage à des enfants. Cela ne peut que nous faire penser à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, qui déjà racontait la guerre de l’écran contre le livre. Et ce n’est pas rassurant que notre société ressemble de plus en plus aux dystopies des ouvrages du milieu du XXe siècle.

Une pétition a été lancée par un collectif d’auteurs et de bibliothécaires qui s’insurgent contre ces mesures. Oui, vous avez bien lu “auteur”, ce qui veut dire que les auteurs doivent maintenant se protéger du droit d’auteur. Voici un extrait de leur appel à pétition :

La lecture à haute voix de livres, en totalité ou sous forme d‘extraits, est considérée comme une “représentation”, et tombe de facto sous le coup du “droit de représentation”. Jusque-là, ce droit était géré par une société d‘auteurs, la SACD, mais depuis le 1er janvier 2016, et sans que grand monde en ait été informé, la gestion du droit de lecture est passée dans l’escarcelle de la SCELF, une société d’éditeurs.

Or, celle-ci a décidé d’appliquer à la lettre le barème de la SACD : trente euros minimum, même sans billetterie ! Y compris pour les “heures du conte”, les associations de lecteurs bénévoles, ou les auteurs lisant leurs propres textes…

Vous avez bien lu, un auteur lisant son propre texte est soumis à ce même devoir de payer pour le droit de représentation, alors même que la SCELF n’a pas vérifié qu’il ou elle en avait transféré le droit à l’éditeur. Bref, tout cela n’a ni queue ni tête et ce serait une bonne idée de soutenir cette démarche en allant vite signer la pétition.

 

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