Amazon go n’en veut pas à votre emploi

Amazon Go, le futur du shopping

Si vous ne connaissez pas encore le nouveau service que Amazon est en train de mettre au point en interne pour pouvoir le déployer ensuite dans nos villes, je vais brièvement vous le présenter.

Amazon Go, c’est la manière la plus simple et la plus facile de faire ses courses. On passe dans les rayons, on se sert, et voilà ! C’est tout ! Emballé, pesé, payé, tout cela est pris en charge de façon complètement automatisée par de sympathiques robots qui enregistrent tous nos faits et gestes à l’aide de gentilles caméras astucieusement disposées dans la boutique. Pour ceux qui auraient été déroutés par cette pointe d’ironie, je reprends. Tous vos faits et gestes sont enregistrés dans la boutique au moyens de caméras et de votre smartphone qui a permis de signaler votre entrée. On entre dans la boutique, connecte notre téléphone à l’application Ad hoc et tous nos faits et gestes sont analysés par des caméras, pour nous dit-on, nous éviter de faire la queue en sortant du magasin (et parler à un être humain, quelle horreur). Grâce à ses capteurs, le big data du comportement des différents usagers, le magasin, le robot, l’intelligence artificielle derrière tout cela va pouvoir détecter si vous avez pris, posé et repris tel ou tel produit. Bref, plus de panier, plus de caddy, plus de cassier(e), on se sert comme chez soi et il faut juste vérifier la note en sortant. C’est rapide et pratique.

Je rappelle pour ceux qui sont arrivés en retard que ce n’est pas un épisode de Black Mirror, c’est bien un vrai service en cours de développement par une vraie société.

I, robot

Dans cette période de transformation numérique, nous sommes presque chaque jour confrontés à un nouveau service, ou plutôt une nouvelle application dans notre smartphone, qui supprime tout un pan de la société laborieuse. Les tenants du modernisme nous répondent qu’il n’y a plus de maréchaux-ferrants (bien que certains résistent toujours) et que personne ne s’en plaint vraiment. À l’inverse, les tenants du status quo voient la destruction massive d’emplois par des robots sans âme. Le problème de l’emploi est certes central dans notre société moderne, mais ce ne sont ni les robots ni la transformation numérique qui l’ont créé. Les métiers évoluent, se font et se défont, l’exemple du maréchal-ferrant pourrait être accompagné de dizaines, voire de centaines d’autres, pour montrer que le progrès technique, quel qu’il soit, conduit à ce que des métiers disparaissent, au profit d’autres métiers. Je vous renvoie à Schumpeter et la destruction créatrice si vous voulez approfondir le sujet.

Mon boulot, mon porte monnaie, moi ?

Mais si on ne se contente pas de regarder le doigt et que l’on essaie de voir la lune, nous pourrions comprendre que le but principal de Amazon go n’est pas de prendre notre emploi, notre porte monnaie lui suffit. Mais ce n’est plus une simple question de retour sur investissement et de marge, c’est une question de nous conduire à acheter sans y réfléchir, de façon compulsionnelle s’il le faut, pourvu que l’on remplisse son cabas. De quoi a-t-on réellement besoin, est-ce que nous avons de quoi payer, est-ce que nous sommes en train d’acheter dans une boutique alors que tout semble gratuit ? Ce sont ces questions que Amazon Go essaie de nous faire oublier. En supprimant les contraintes de la boutique traditionnelle, ce dispositif désacralise l’acte d’achat, gomme en fait toute trace d’un acte d’achat et transforme le magasin en buffet « all you can eat« . Sauf qu’à la fin, on paye vraiment… De la même façon Uber est devenu célèbre en supprimant les contraintes du taxi : le trouver et le payer. Tout cela est maintenant pris en charge par un robot, ou plutôt une application dans votre Smartphone. D’ailleurs, c’est ainsi que l’on se rend compte que Amazon Go est encore trop timide, la vraie Ubérisation de la boutique c’est si on fusionne « Uber » et « Le Bon coin ». Pourquoi ne pas imaginer une application qui vous permet d’entrer chez les gens, de vous servir de ce qui vous plait et de payer automatiquement avec votre « PayPal » ce que vous emportez ?

Libre arbitre

C’est donc en fait notre libre arbitre qui est en jeu. D’ailleurs, ce qui est le plus grave est que même le libre arbitre de ceux qui développent Amazon Go semble avoir disparu. Ils DOIVENT le faire parce que c’est l’évolution normale et réclamée par tous. La meilleure preuve qui permet de se rendre compte qu’ils font cela sans mauvaise arrière pensée, c’est que c’est mis en évidence dans la vidéo de promotion. Une jeune femme prends un produit sur une étagère, le repose, le reprends, le repose…  Tout cela pour montrer la fluidité et l’intelligence du système. Intelligence qui du coup fait défaut à la personne qui achète de façon totalement compulsionnelle. Ce qui signifie annihiler en nous toute velléité de libre arbitre, et  cela ne semble poser aucun problème.

Le vrai enjeu de la transformation numérique

C’est votre libre arbitre, notre libre arbitre à tous qui est en jeu.

L’automatisation inquiète parce qu’au premier niveau elle détruit des emplois nous disent les cassandres, pendant que les techno-béats nous assurent l’explosion de nouveaux jobs (voire plus besoin de travailler du tout).

Mais au deuxième niveau c’est notre vie privée qui est en jeu, parce qu’avec le Big Data tous nos faits et gestes collecté et analysés nous font entrer dans un « pattern », un modèle de consommateur, de client.

Et au troisième niveau ? Ce n’est plus le big data des autres, c’est toutes vos données de vos multiples passages en boutique que la chose va utiliser. Et donc vous guider vers vos rayons favoris, vous aider à briser vos doutes. Vous vous rappelez du Mr Plus de Balhsen ? Maintenant, il est dans votre poche et il vous pousse à acheter plus, toujours plus.

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