Réflexions sur le modèle freelance

Plusieurs idées me sont venues en lisant cet article de l’Observatoire des Réseaux Sociaux d’Entreprise sur le modèle freelance, et j’ai voulu les rassembler pour en faire un ensemble cohérent.

Le développement du nombre de freelances est une évidence, je fais d’ailleurs partie de ce mouvement rendu possible grâce à la révolution numérique. Sans moyens particuliers d’infrastructure j’ai rapidement mis en place une plateforme de cours et même plusieurs « MOOCs » sur différents sujets, tout en continuant mes activités dans le monde réel.

Malgré tout, ce modèle de travailleur freelance est loin de correspondre à tous les cas de figure et me parait difficilement transposable à l’ensemble des activités. Il y a de nombreuses questions qui sont loin d’avoir une réponse. Je ne parlerai pas du freelance en lui même, ce qui serait un autre sujet mais il est facile de comprendre que le statut convient bien à quelqu’un d’expérimenté mais est plus compliqué comme premier emploi (dans les faits nombreux sont pourtant à se lancer de cette manière).

Le numérique ne se mange pas

D’abord, le numérique ne se « mange » pas. À moment donné nous sommes confrontés au besoin d’avoir de vrais produits (pour s’habiller, se nourrir, etc.). On se retrouve bien loin de la révolution numérique, même si AliBaba et d’autres font le pont entre ces deux mondes, cela reste la plupart du temps du B2B. Il y a bien des plateformes pour les freelances (faudrait-il parler de B2F ?) mais cela reste cantonné, encore une fois, au numérique. Il parait difficile de construire des voitures de façon totalement externalisée. Un modèle dans une usine, puis un autre modèle avec un autre prestataire et ainsi de suite. Encore moins des prestataires freelance, comment assurer un minimum de production ? La répartir entre plusieurs ? Quelle cohésion, chacun construisant sa Twingo dans son garage ? La Chine de Mao avait mis en place ce modèle lors du « Grand bon en avant » et inventé le concept de « micro acierie » pour fournir à l’URSS d’alors l’acier qu’elle lui avait commandé et qu’elle était incapable de fournir avec ses infrastructures. Plutôt que de développer de nouvelles installation de hauts fourneaux, Mao avait eu l’idée de proposer à chaque paysan de produire de l’acier au fond de son jardin, dans une micro acierie. Le résultat a été d’une qualité abominable, les quantités se sont avérées largement insuffisantes et a détourné les paysans de leur cœur de métier :  nourrir le pays. C’est une des erreurs qui a conduit la Chine à la famine.

Retour aux sources

Ensuite, ce modèle « tous freelance », sous ses aspects de modernité n’est jamais qu’un retour au travail journalier. Ce qui, suivant les professions et les contextes se fera au détriment des travailleurs ou des entreprises. Tant que les banques resteront rigidement accrochées au CDI pour octroyer un prêt, ce statut restera dans les esprits un statut « précaire ». Et le problème n’est pas uniquement côté travailleurs. Prenons l’exemple des Universités et des Grandes Écoles, un métier facile à externaliser est celui de professeur. Elles font d’ailleurs largement appels à des vacataires extérieurs pour des raisons financières et d’agilité évidentes. Mais si TOUS les professeurs sont externalisés, tous freelances, que se passe-t-il ? D’un côté les « stars » vont demander des tarifs de plus en plus élevés que les écoles auront du mal à satisfaire, sauf les plus prestigieuses. D’autre part, comment pourront-elles faire valoir leur contribution à la recherche, leur particularisme pédagogique ou autre puisqu’elles ne possèderont plus ce qui constitue aujourd’hui leur capital ?

Freelance ou mercenaire du savoir ?

Au risque de faire du sophisme d’épicier, il me semble que nous avons là une boucle infernale :

le modèle freelance s’intègre bien avec la révolution numérique ==> Les acteurs principaux de la révolution numérique sont des knowledge workers ==> Les knowledge workers sont la principale richesse des entreprises ==> la richesse des entreprises est externalisée chez les freelances.

Parce que c’est bien là que le bat blesse. Si avec le Knowledge Worker, le capital humain est devenu la ressource principale, comment les entreprises pourraient ne reposer que sur des Freelances ? C’est à dire des mercenaires qui iront se vendre au plus offrant ?

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