Qui paye les services gratuits ?

Le sujet n’est pas nouveau, c’est un peu le marronnier des cours d’innovation, de digitalisation, de numérisation et autres en école de commerce. Le cycle de valorisation des services internet et leur chaine de valeur.

En résumé :

Comment gagner de l’argent avec un service gratuit ?

Le client c’est le produit

C’est maintenant un lieu commun que de dire que si le service est gratuit, c’est que vous êtes le produit. C’est effectivement assez clair et reconnu, pour Facebook et son réseau social, pour Google et son moteur de recherche ou sa messagerie, nous sommes le produit. Nos données personnelles sont collectées, analysées et revendues aux entreprises, directement ou à travers de la publicité.

Ce n’est pas tout

Donc, nous sommes le produit, mais ce n’est pas tout. Nous travaillons gratuitement à la construction, au développement, à l’emballage et à la mise à disposition du produit (nous, pour ceux qui ne suivraient pas). Le crowdsourcing c’est la possibilité de demander à la foule (crowd) de contribuer gratuitement à la construction du produit. Vous connaissez certainement les Captacha, ReCaptacha et autres services de vérification de l’humanité de ce qui se trouve à l’autre bout d’Internet ? Ces services sont appelés relativement systématiquement quand nous voulons nous identifier sur une plateforme.

Un ordinateur a besoin de vérifier que nous sommes humain !

C’est un peu paradoxal mais le serveur, (l’ordinateur) à l’autre bout cherche à vérifier que l’ordinateur que nous utilisons est bien manipulé par un humain. Mais plutôt que de laisser l’énergie que nous dépensons disparaitre dans le cyber-espace, Google (et quelque autres) l’utilise pour nous faire travailler gratuitement (10 secondes). C’est pour cela que nous identifions des mots pour améliorer la numérisation des livres ou des images de voitures, de panneaux routiers et autres pour améliorer Street View. Entre autres…

Bref, de notre coté 10 secondes c’est indolore et multiplié par des millions de personnes, pour le serveur ce sont des années-homme de travail qui sont ainsi aspirées.

Donc, nous sommes le produit et nous travaillons gratuitement. C’est déjà pas mal mais ce n’est pas tout et le meilleur est peut-être pour la fin. Parce qu’après avoir été produit et esclave, nous pourrions devenir finalement client, quand nous n’aurons plus d’autre alternative.

Ce n’est pas fini !

Restons avec Google et ses nombreux services.

Est-ce que vous vous souvenez de l’époque où vous prépariez vos vacances avec une carte ? Puis avec l’excellent Via Michelin qui permettait (et permet toujours si vous osez cliquer sur le lien) de planifier son trajet et d’en imprimer les grandes lignes pour pouvoir l’utiliser ensuite sur la route. Puis sont arrivés les GPS et nous ne pensions jamais revenir au Web.

Pourtant Google est arrivé avec son service de cartographie, disponible sur le Web et aussi dans une appli. On, peut préparer son voyage sur son ordinateur et ensuite l’utiliser en voiture avec son Smartphone. Je crois que tout le monde connait bien tout cela, mais je sentais le besoin de refaire cette rétrospective. De nombreuses choses sont venues s’ajouter à Google Maps, comme la circulation en temps réel et quelques bonnes idées de Waze, racheté au passage. Au fait, Waze est un autre bel exemple de mise en œuvre du crowdsourcing. Toute la valeur de Waze réside dans ce que ses utilisateurs en font, mais ceci était l’objet du paragraphe précédent, nous ne reviendrons pas dessus.

En résumé, depuis 2004, Google met à notre disposition un superbe système de cartographie, gratuitement. Et non seulement pour les automobilistes qui circulent sur les routes, mais aussi pour les entreprises qui veulent donner mieux que leur adresse. Pour les offices du tourisme qui veulent mettre en avant leur ville ou région, tout cela avec des API qui permettent d’intégrer les services de cartographie de Google dans son propre site Web.

Gratuitement.

Pour Google associer nos profils virtuels avec un service de cartographie permet de décupler la valeurs des données collectées. Puisque d’un avatar numérique vous redevenez un humain qui rampe sur notre petite planète. Maintenant, les (vrais) clients de Google ne sont plus uniquement en ligne mais aussi dans le monde réel. Parce que votre profil de consommateur peut intéresser aussi les boutiques de votre quartier, les restaurants, etc.

Gratuitement.

Au début.

Distribuer quelque chose gratuitement, quand on en a les moyens, permets d’en détruire la valeur ou du moins de détruire toute forme de concurrence (Netscape contre Internet Explorer pour ceux qui se souviennent).

La gratuité, si on est assez riche, est le meilleur moyen de tuer la concurrence d’un secteur. Il fut un temps où les entreprises qui vendaient à perte pouvaient être poursuivies pour concurrence déloyale. Pourtant l’entreprise Lyonnaise Bottin (Evermaps  aujourd’hui)  a intenté un procès en 2009 contre Google et sa gratuité, pour “concurrence déloyale et abus de position dominante”. Après appel et recours à l’autorité de la concurrence, Google n’a pas été condamné, et a pu poursuivre la destruction de valeur de ce secteur d’activité. On ne doit pas vendre à perte mais on peut distribuer gratuitement…

Aujourd’hui, fort de sa position ultra dominante, Google commence à imposer ses prix, et ses APis, sont en train de passer au modèle payant. Comme cela ne touche que les entreprises qui intègrent la cartographie Google à leurs services, cela ne remue pas beaucoup l’opinion mais la tendance est claire et un jour viendra certainement où Google nous demandera de payer pour utiliser son service de navigation sur smartphone.

Retour aux sources

Internet et surtout le Web ont été conçus pour communiquer et partager. Les « plateformes » tant à la mode aujourd’hui vont à l’encontre de ce modèle.  Pourtant, il suffit à nous, les produits de les rejeter et de redevenir acteurs de notre vie numérique. Encore une fois, la solution se trouve dans la liberté d’utiliser les services dont on a besoin quelqu’en soit le motif. Et si crowdsourcing il y a, ce dot être au bénéfice de la communauté comme c’est le cas avec Wikipédia. C’est donc du côté des solutions Open source, comme OpenStreetMap qu’il faut chercher.

Vous n’allez pas aimer la fin

Au delà de la gratuité sur le Web, le phénomène inquiétant est surtout celui de plateforme. Vous avez sans doute de nombreux noms sur les lèvres, les mêmes noms qui sont encensés dans la presse. Ces emblèmes de l’innovation et de la révolution numérique sont aussi appelées licornes du fait des milliards d’investissements qu’elles arrivent à rassembler. Ces milliards leur permettent de se développer au dessus de toute concurrence et quand elles auront fini par atteindre une position monopolistique, nul ne sait ce qu’elles seront capables de faire, de vendre et à quel tarif pour rembourser leurs investisseurs.

Schumpeter, pardonne leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’il font !

Ou pas…